HARRIS (Z. S.)


HARRIS (Z. S.)
HARRIS (Z. S.)

HARRIS ZELLIG SABBETAI (1909- )

La recherche de Zellig Sabbetai Harris est intimement liée aux travaux de l’école américaine d’analyse distributionnelle qui a élaboré son programme pour la linguistique dans les années 1930 et 1940, sous l’impulsion de E. Sapir et L. Bloomfield. Ce dernier avait proposé d’abstraire de la phrase des unités définies formellement et qui serviraient à décrire les rapports observés entre les diverses parties de la phrase. Ainsi, les phonèmes devaient rendre compte des phénomènes phonologiques, et les morphèmes, qui pouvaient et devaient être différents des unités phonologiques, devaient rendre compte de la construction de la phrase. Ce programme a rencontré un accord à peu près unanime dans les études phonologiques; il a abouti à une définition du phonème presque universellement admise. En revanche, les mêmes méthodes appliquées au problème de l’analyse syntaxique de la phrase ont été diversement utilisées, sans aboutir à un consensus général sur une méthode distributionnelle.

L’œuvre de Harris (Methods in Structural Linguistics , 1951) est une somme magistrale de l’application de cette méthode distributionnelle à l’analyse phonologique et syntaxique de la phrase; elle constitue le premier traité sur le traitement formel de la langue. La formalisation est poussée, et elle refuse toute utilisation du sens comme critère de définition formelle des phonèmes et des morphèmes; le recours au sens a été en effet la source de maintes difficultés dans les essais antérieurs. Harris remplace les sens par le critère formel de la somme totale des environnements (la distribution) des éléments abstraits. Il réussit ainsi à axiomatiser entièrement l’analyse de la langue, avec une rigueur inaccoutumée jusque-là.

Par la suite, Harris cherche une régularisation du langage qui, dépassant l’analyse de la phrase isolée, englobe une suite cohérente de phrases, autrement dit, un discours (Discourse Analysis Reprints , 1963). L’essai qu’il présente montre qu’on ne peut mener à bien l’analyse du discours sans examiner les rapports entre phrases. Puisqu’il y a en général plusieurs façons de «dire la même chose», c’est-à-dire plusieurs paraphrases possibles d’une seule phrase, il n’est pas possible d’analyser systématiquement un discours sans avoir préalablement mis en relation les paraphrases des divers schémas de phrases. C’est l’étude de ces paraphrases, et du passage d’une paraphrase à une autre, que Harris nomme analyse transformationnelle («Discourse Analysis», in Language , vol. XXVIII, 1952; «Co-occurrence and Transformation in Linguistic Structure», ibid. , vol. XXXIII, 1957). Pour Harris, ce genre d’analyse linguistique doit précéder toute tentative d’associer des structures mathématiques aux phrases de la langue. Chomsky, son élève le plus réputé, a repris ce type d’analyse, mais, contrairement à Harris, il introduit une structure mathématique arborescente qui sert de support aux transformations. Le concept originel de Harris, toujours valide, est dépouillé à l’extrême; il ne contient que ce qui est nécessaire à la définition des transformations comme relations linguistiques entre phrases. Ce concept est développé en détail (Mathematical Structures of Language ; J. Wiley and Sons, New York, 1968), ainsi qu’une seconde idée maîtresse, à savoir que la métalangue est dans la langue. La métalangue contient certaines sous-classes de noms comme mot , bruit , phrase ..., et des phrases construites sur des prédicats contenant ces sous-classes. Les phrases de la métalangue sont nécessaires à la description de certaines phrases de la langue, comme ’Paul’ contient quatre lettres , ou à l’expression d’une théorie grammaticale, comme dans «Paul dort» est une phrase . Harris démontre que d’importantes conséquences découlent du postulat sur la métalangue. En particulier, Harris utilise des phrases de la métalangue pour dériver la coréférence (pronominalisation ou réduction à zéro), et cela sans faire appel à des mécanismes formels ad hoc .

Ensuite, Harris («Report and Paraphrase», 1969, in Papers in Structural and Transformational Linguistics , D. Reidel, Dordrecht, 1970) cherche une explication au phénomène des restrictions grammaticales. Il essaie de trouver pour les phrases contenant des restrictions sur les classes y figurant des phrases sources non restreintes, où les restrictions des premières sont des règles de sélection particulières des deuxièmes. Le passage des phrases sources non restreintes, généralement lourdes, aux phrases observées de la langue, par l’application de transformations de réduction, aurait pour effet de «geler» les sélections en règles grammaticales — les restrictions.

Dans ses travaux des années 1970-1980 (Notes du cours de syntaxe , 1976; A Grammar of English on Mathematical Principles , 1982), Harris érige ce genre de dérivation en système algébrique. Les verbes y sont conçus comme des opérateurs exigeant un certain nombre d’arguments (de noms). Tout ce qui n’est pas opérateur ou nom doit pouvoir être dérivable du système en termes d’entrées successives des opérateurs et des arguments associés. Cette tentative représente le premier effort en vue d’écrire une grammaire générale sur des bases mathématiques naturelles, avant d’aboutir, dans Theory of Language and Information. A Mathematical Approach (1990), où Harris démontre que le langage est «un système autosuffisant, auto-organisé, un système qui évolue».

Les méthodes de Harris ont été appliquées à l’analyse du français par M. Gross (Grammaire transformationnelle du français , 1968-1977) et ses collaborateurs J. P. Boons, A. Guillet et C. Leclère (La Structure des phrases simples en français , 1976); J. Giry-Schneider (Les Nominalisations en français , 1978). Elles ont servi aussi à l’analyse automatique de la phrase par ordinateur (Salkoff, Une grammaire en chaîne du français , 1973).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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